Je m’appelle Étienne Leroy, rédacteur spécialisé caves à vin domestiques depuis 15 ans. J’ai ouvert Vivino sur mon iPhone 13 dans ma cuisine de la région rouennaise, côté rue Eau-de-Robec. La table gardait encore deux verres du dîner. J’ai posé 45 bouteilles une par une et j’ai lancé le chrono à chaque scan pour voir si je gagnais vraiment du temps. Je voulais des secondes, des ratés et des fiches justes, pas une impression flatteuse.
J’ai posé le cadre du test chez moi
J’ai fait ce test chez moi, debout au-dessus de la table, avec les 45 bouteilles réellement sorties du casier. Je les ai manipulées sans les aligner comme en rayon. J’ai alterné la lumière de cuisine, une lampe directe et la lumière plus faible du salon. Je voulais voir l’effet du décor sur la reconnaissance. Je n’étais ni dans une cave ni dans une boutique. J’étais dans un usage domestique banal, avec un fond sonore de vaisselle et le passage des enfants dans l’axe de la porte. Ma licence en œnologie, obtenue à l’Université de Bourgogne en 2010, m’a servi de garde-fou simple.
J’ai lancé le chronomètre au moment où je déverrouillais le téléphone. Je l’ai stoppé quand la fiche bouteille s’affichait sans hésitation. J’ai noté à part les scans gagnés du premier coup, les scans qui réclamaient une correction manuelle et ceux qui repartaient sur une recherche. J’ai travaillé avec un iPhone 13 et un Wi-Fi domestique à deux barres dans la cuisine. J’ai refait une partie des essais avec les mains encore humides après avoir rincé les bouteilles. Ce détail m’a surpris. La prise en main change vite dès qu’une étiquette glisse un peu.
Je voulais mesurer quatre choses précises : le temps moyen de scan, le repérage immédiat, les faux positifs sur des étiquettes proches et le temps perdu quand Vivino prenait le mauvais millésime ou le mauvais domaine. J’ai gardé en tête les repères de l’Institut Français de la Vigne et du Vin, l’IFV, sur la stabilité de lecture quand la lumière change. J’ai aussi regardé si mon usage collait à ça ou non. La bouteille la plus capricieuse n’était pas une référence célèbre. C’était une étiquette sombre avec une dorure fine. Ce genre de visuel fait patiner l’autofocus d’un téléphone sur une table de cuisine. Je l’ai gardée pour la fin du protocole.
J’ai défini le seuil de réussite de façon simple : une fiche juste, lisible et cohérente avec la bouteille dans ma main. Quand la proposition affichée ne collait pas au millésime, je notais l’écart et je passais à la suite. Ce choix m’a évité de me raconter une belle histoire sur un scan qui aurait eu besoin de trois corrections. J’ai préféré compter les vrais résultats, même quand ils faisaient moins joli.
Les 45 scans, minute par minute
Les premières bouteilles sont allées vite. Sur les 13 premières, j’ai eu une vraie sensation de fluidité. J’ai compté 31 identifications du premier coup sur l’ensemble. Les bouteilles à étiquette claire passaient en 11 secondes quand je gardais le téléphone bien face au col. Sur la série complète, ma moyenne est montée à 18 secondes, soit 13 minutes et 30 secondes au total. À ce stade, je pilotais encore le scan, mais je ne le subissais pas.
Dès que je suis tombé sur des contre-étiquettes denses, j’ai perdu du temps. J’ai noté 8 corrections manuelles. J’ai vu l’app hésiter trois fois sur la même étiquette bordeaux mate avant de comprendre qu’elle lisait la dorure du médaillon comme un motif. Un bourgogne du Domaine Saint-Lazare m’a aussi donné un faux départ, parce que la fiche proposée collait au pays mais pas au millésime. J’ai dû vérifier le bas de l’étiquette à l’œil nu. C’est là que le scan cesse d’être automatique et devient un petit aller-retour entre l’écran et la bouteille.
J’ai noté que l’angle de prise comptait autant que la netteté. À 12 centimètres, avec un angle de 25 degrés, Vivino accrochait mieux qu’en face pleine. Le goulot cachait par moments une partie du bas d’étiquette. Quand je montais au-dessus de la bouteille, la lumière rasante du plafonnier faisait briller le papier. La mise au point tardait alors d’une seconde. Les papiers texturés m’ont demandé davantage de repositionnement que les supports lisses et contrastés.
J’ai aussi compté 6 échecs nets. Ce sont les moments où je n’obtenais pas la bonne fiche sans repartir sur une recherche ou un nouveau cadrage. Le premier échec est venu d’une capsule brillante qui renvoyait une tache blanche sur l’écran. Le second venait d’une bouteille dont le texte était trop petit pour être pris sans zoom. Vivino lisait bien les étiquettes propres. Il perdait vite de la précision quand la contre-étiquette prenait trop de place. Pas terrible. Vraiment pas terrible, quand je cherchais à enchaîner.
J’ai fini par aller plus vite à partir de la 18e bouteille, parce que j’avais pris le pli du cadrage et de la distance. J’ai comparé ce temps à une saisie manuelle simple. J’aurais passé près de 90 minutes à relever les références à la main sur toute la série. Même une recherche web classique, bouteille par bouteille, m’aurait fait perdre beaucoup plus de temps que mes 13 minutes et 30 secondes de scans. La vraie différence était là : je corrigeais moins parce que je savais mieux présenter la bouteille à l’app.
Ce que j’ai constaté quand les bouteilles étaient difficiles
Les bouteilles qui m’ont le plus ralenti avaient une étiquette sombre, une capsule brillante ou une contre-étiquette dense. J’ai dû zoomer plusieurs fois quand le texte était minuscule. Je me suis aussi retrouvé à déplacer le téléphone de quelques centimètres pour faire ressortir le cartouche principal. À chaque fois, la cadence se cassait un peu. Vivino me proposait par moments deux fiches proches avant de se décider. Ce flottement me faisait perdre le fil plus que le scan lui-même.
Chez moi, je n’ai jamais le calme d’un bureau. Mes deux enfants de 5 et 8 ans passent derrière moi quand je note des bouteilles. J’ai donc travaillé par séquences courtes, quatre bouteilles puis une pause. Cela m’a obligé à garder un protocole simple et lisible. En 15 ans de travail rédactionnel, j’ai appris à faire ce tri rapide. J’ai retrouvé la même logique dans les repères de l’Institut Français de la Vigne et du Vin, l’IFV. Quand un doute persistait, je recoupais avec la Revue du Vin de France ou je prenais une photo avant de continuer.
Je n’ai pas utilisé Vivino comme un arbitre final quand la bouteille me semblait ambiguë. Pour une identification qui engage une rareté, un millésime sensible ou une valeur de collection, je laissais l’écran de côté. Je vérifiais avec le site du producteur ou avec un caviste de Rouen. Je savais que mon regard restait limité par ce que la photo montrait vraiment. Je ne poussais pas plus loin. Pour ce type de cas, je préfère une vérification humaine à une fiche qui paraît juste sans l’être tout à fait.
Ce que ce test m’a vraiment appris
Sur 45 bouteilles, j’ai obtenu 31 fiches justes du premier coup, 8 corrections et 6 échecs nets. J’ai aussi mesuré 18 secondes de moyenne par scan. Cela reste très loin des 90 minutes qu’aurait demandées une saisie manuelle complète. Dans une cuisine ordinaire, avec de la lumière changeante et des bouteilles déjà ouvertes sur la table, j’ai donc vu un vrai gain de temps sur les références simples. Dès que l’étiquette se charge ou brille, ce gain se réduit vite.
J’ai trouvé l’expérience fluide tant que je gardais le téléphone bien en face et que le visuel restait net. Dès que le papier réfléchissait ou que le millésime était peu lisible, je reprenais la main et je cessais de faire confiance au scan seul. J’ai fini par préférer cette alternance, parce que je ne subissais pas l’application. Je savais quand la corriger. À ce moment-là, je me suis senti plus en contrôle qu’au début du test, où je regardais chaque fiche avec méfiance.
Mon verdict est simple : Vivino m’a servi pour un usage domestique banal, pas pour une identification pointue sur des bouteilles complexes. Pour quelqu’un qui accepte de vérifier le millésime à l’œil et de croiser la fiche quand l’étiquette hésite, je le trouve utile sur une série comme la mienne. Pour une bouteille de collection ou un cas douteux, je garde la Revue du Vin de France et un caviste à portée de main. Dans ma cuisine de la région rouennaise, Étienne Leroy retient surtout cette frontière-là.


